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samedi 15 août 2015

Deux jours avec un ambassadeur du no-tarin club

Après avoir quitté Kyoto je me rendais à Sannomiya où je devais rencontrer un membre du plus ancien club de tenkara: Kiyoshi Ishihara, membre du no-tarin tenkara club.
Nous nous retrouvions comme prévu à la gare et après un rapide repas dans un restaurant du quartier nous prenions la route pour aller à la pêche dans la préfecture de Tottori. Nous avions un peu plus de trois heures de route à faire, assez de temps pour faire connaissance car pour l'instant on ne se connaissait que virtuellement et parler de notre passion. Il faisait très chaud, le ciel était bleu azur et nous étions évidemment d'humeur joviale.
La conversation fût très riche et des plus intéressante car Yu Gyojin, le pseudonyme de pêche de Kiyoshi, s'intéresse depuis très longtemps à l'histoire du tenkara, à sa technique qu'il a apprise d'abord en étudiant tout ce qui était publié sur le sujet et il a développé une vraie philosophie en adéquation avec son tenkara. 
A mesure que nous roulions le ciel s'assombrissait mais cela n'entamait en rien notre enthousiasme, nous étions non seulement heureux d'aller à la pêche ensemble mais en discutant nous nous rendions que nous partagions de nombreux points de vue.



Avant d'arriver à destination nous ferons un léger détour par un très beau et très ancien temple construit dans une grotte, un endroit des plus atypiques. La météo quant à elle continuait à se dégrader et les derniers kilomètres faits avant d'arriver sur les berges de l'Hiketa-sawa les premières gouttes de pluie commençaient à tomber. 


Je laissai Ishihara-san pêcher le premier car je pense que ce n'est jamais inutile de regarder un pêcheur plus expérimenté que soi. On en apprend beaucoup quand on sait regarder. 


Il ne lui fallut pas longtemps pour prendre un premier poisson. Nous étions évidemment contents de constater que la météo capricieuse ne perturbait pas trop les poissons. Nous pêchions à tour de rôle car la rivière n'est pas bien large et très souvent surplombée par des branches et nous avancions ainsi en remontant le courant lentement pour bien exploiter tous les postes susceptibles d'abriter des yamame.


Nous arriverons ensuite au point où avec l'altitude le courant augmente, où l'eau est plus froide et les yamame laissent place aux iwana.


L'iwana se pêche différemment du yamame et de l'amago ce qui n'implique évidemment pas de changer quoi que ce soit au niveau du matériel ni même de kebari, c'est la technique mise en oeuvre par le pêcheur qui s'adapte. Ce que j'avais appris quelques jours auparavant à Tadami me fût particulièrement utile. 



Au fil des heures nous passions de plus en plus de longues minutes à l'abri des feuillages pendant les averses et nos captures d'iwana étaient aussi moins régulières. La tension dans l'air était palpable, le ciel était en train de virer du gris clair au gris foncé alors quand sonna la premier coup de tonnerre nous décidions de replier nos cannes et de rejoindre la voiture. Revenu à notre point de départ sous une pluie battante Ishiara-san me dit: "On a bien joué." J'étais entièrement de cet avis, le jeu en valait la chandelle. Après nous être changés le plus vite possible nous reprenions la voiture pour nous rendre au ryokan où Ishihara-san a ses habitudes dans la région en faisant le bilan de cette sortie des plus orageuses mais durant laquelle nous avions très bien pêché. 
Au ryokan où nous fûmes accueillis chaleureusement par la maîtresse de maison, nous passerons une excellente soirée qui fût consacrée entièrement à un seul sujet: le tenkara. Ishihara-san a une excellente et très riche culture halieutique et il n'est pas avare de ce qu'il sait et je dois dire que j'ai vraiment apprécié cohabiter avec lui. 
Au ryokan où nous fûmes accueillis chaleureusement par la maîtresse de maison, nous passerons une excellente soirée qui fût consacrée entièrement à un seul sujet. Ishihara-san a une excellente et très riche culture halieutique et il n'est pas avare de ce qu'il sait et je dois dire que j'ai vraiment apprécié cohabiter avec lui. 


Nous nous laisserons tombés dans les bras de Morphée sans opposer la moindre résistance...Peut-être dans l'espoir de rencontrer dans notre sommeil le tsuchinoko. 
Le lendemain nous nous lèverons à l'aube mais prendrons le temps d'un petit déjeuner délicieux car il pleuvait déjà. Nous établissions notre plan pour la journée: pêcher deux courts affluents  de la Hatto-gawa car Ishihara-san craignait que les pluies de la veille et encore plus celles de ce matin aient mis les principales rivières de la région dans un sale état. Nous avions au moins un plan "A" et un plan "B". Ce fût donc sans surprise une journée de pêche où les captures furent moins nombreuses que la veille mais c'est toujours un exercice devant lequel un véritable amateur de tenkara ne se dérobe pas de composer avec des conditions difficiles. C'est même le meilleur moyen d'améliorer sa technique.



Après avoir exploré la Hosomi-sawa et la Kurumino-sawa et avoir pris quelques très belles iwana nous prenions la décision de rebrousser chemin. Nous reprenions le route en début d'après-midi sous une pluie battante pour aller à Kobe où nous étions attendus, chemin faisant nous discuterons de nombreux sujets ayant trait au tenkara, à la musique, etc. J'ai beaucoup de sympathie pour Ishihara-san qui n'est pas seulement un grand pêcheur mais quelqu'un de très cultivé et d'une gentillesse rare. Au bout d'un peu plus de quatre heures de route nous arrivions à destination où je rencontrai pour la première fois Eiji Yamakawa et Nishi-san, un de ses amis.


Nous passerons une excellente soirée autour d'une table à discuter de la passion qui nous avait réuni.
C'est vraiment un privilège de rencontrer de sincères passionnés de tenkara, qui ont acquis au cours d'une longue expérience énormément de connaissances sur le sujet et qui sont, même si ils n'aiment pas ce titre, des maîtres qui prennent un plaisir sincère à partager leur tenkara. 

lundi 10 août 2015

Ma rencontre avec le père du tenkara moderne

Après avoir quitté Yamano-san je me rendais à Kyoto que je visiterai en partie sous des orages ce qui n'enlève rien à l'intérêt de l'ancienne capitale. Pour visiter la ville au sec et tranquillement je faisais donc les visites des sites qui m'intéressaient tôt le matin et tard dans la soirée après la fin de la pluie. La saison des pluies a été plus longue que d'habitude cette année et il a fallu composer avec les aléas météorologiques pendant ce séjour. J'avais la chance d'avoir un pied à terre à proximité immédiate des sites les plus intéressants donc je n'allais pas laisser la pluie m'arrêter. 


Après deux jours consacrés à la visite de la ville et à faire connaissance avec quelques uns de ses habitants je rejoignai Hashimoto Yoshiaki, un membre du Harima tenkara club sur le quai de la minuscule gare de Toji-in.


Après quelques minutes en voiture nous arrivions dans un quartier résidentiel où nous attendait une personne que j'allai enfin avoir l'opportunité de rencontrer grâce mon ami Eiji Yamakawa qui le connaît depuis de nombreuses années: Hiromichi Fuji.
Fuji-sensei nous invita à le suivre dans son atelier où nous commencerons par faire connaissance en buvant un excellent café noir. Je fus d'ailleurs un peu surpris qu'on me propose du café. La conversation était chaleureuse, décontractée et très naturelle car Fuji-sensei est la gentillesse faite homme. 


Comme nous discutions des lignes qu'il fabrique encore aujourd'hui pour Nissin je lui fis remarquer que ses lignes, comparées à toutes celles que j'ai essayé jusqu'à présent, étaient les seules qui me semblaient se différencier les unes des autres, les seules lignes dont on puisse dire qu'elles ont une action. Fuji-sensei me demanda si ça m'intéresserait de le voir fabriquer quelques lignes et d'avoir ses explications à chaque étape du processus, cela serait bien plus intéressant qu'un long et ennuyeux exposé théorique. J'acceptais évidemment volontiers! 

Tout d'abord la machine utilisée par Fuji-sensei est unique, elle ne ressemble à aucune machine à faire des lignes de tenkara existante ailleurs, et cela pour une raison simple: il l'a conçu lui-même. 


Avec les explications claires du maître j'apprenais sa façon de faire des lignes de tenkara qui puissent avoir des actions différentes. Je ne décrirai pas ici ce procédé en détail car ce n'est pas à moi de le faire mais à Fuji-sensei qui le moment venu, si il le décide, fera le nécessaire pour que son savoir faire soit transmis. J'ai en tout cas compris grâce à lui comment il avait mis au point un panel de lignes qui soient parfaitement compatible avec le sutebari, des lignes faites pour des lancers délicats quelque soit la longueur de la ligne utilisée. 
Après avoir fabriqué deux lignes Fuji-sensei nous proposa de les essayer, proposition que nous acceptions évidemment. Nous avions prévu d'aller à la pêche ensemble le lendemain de cette rencontre mais malheureusement Fuji-sensei se cassa le poignet lors d'une sortie de pêche quelques jours avant mon arrivée au Japon. Ce fût un grand moment évidemment de voir le père du tenkara moderne lancer de sa façon si particulière devant moi et de recevoir ses conseils. Fuji-sensei n'est pas seulement un excellent fabricant de lignes, un designer de cannes qui a fait évoluer le tenkara, c'est aussi un excellent pédagogue qui sait se faire comprendre malgré la barrière de la langue. La photo ci-dessous est le parfait exemple d'un lancer raté avec la projection de l'avant bras qui a pour inévitable résultat une ligne qui ne permet pas le déploiement correct du bas de ligne et dont la pointe percute la surface de l'eau. 


Fuji-sensei me demande d'abord de reproduire ce mauvais lancer puis me montra la bonne façon de lancer c'est à dire en limitant le fouetté de la canne et ne projetant pas le bras et là je compris immédiatement pourquoi ces lignes étaient vraiment uniques. Que sa ligne fasse 3,60 mètres ou 5 elle se déploie aussi délicatement, il n'a nulle besoin de manipuler sa canne différemment pour obtenir ce résultat. Ces lignes sont le résultat de plusieurs décennies d'amélioration, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elles soient les meilleures qu'on puisse utiliser.
C'était un moment mémorable de le voir lancer de sa façon si particulière mais parfaitement adapté à sa technique. Moi-même et Yoshiaki-san prenions le relais sous l'oeil avisé du maître. Nous fûmes interrompus par la pluie qui redoublait et décidions de rentrer. 


De retour dans l'atelier la conversation reprit et nous arrivions rapidement sur le montage de kebari. Fuji-sensei n'est pas seulement un designer de cannes, un fabricant de lignes d'une qualité rare il est aussi un excellent monteur de mouches qui aujourd'hui encore monte lui-même toutes les kebari vendues par Nissin.  


Fuji-sensei fût le premier à passer derrière l'étau, inutile de vous dire qu'on sait immédiatement qu'on a affaire à un monteur très expérimenté. Le montage d'une kebari est très rapide mais c'est le fruit d'une économie de gestes. Hashimoto-san et moi-même prendront ensuite place derrière l'étau du maître et après chacun des trois modèles différents dont nous avons monté un exemplaire chacun nous discuterons de l'utilisation que nous pouvions en faire.


Quand ce fût mon tour de m'installer derrière l'étau du maître je constatai que celui-ci était fixé sur la table dans une position très basse mais une fois que je commençai à monter la première kebari je compris que cette position qui ne laisse que peu d'espace sous l'étau est un bon point pour éviter tous les gestes inutiles.


Nous passerons ainsi une partie de l'après-midi à monter des kebari à tour de rôle en partageant nos points de vue sur l'évolution des kebari à travers les décennies, les techniques de sasoi et bien d'autres sujets ayant trait à notre passion. C'est toujours enrichissant de rencontrer des pêcheurs très expérimentés qui ont su rester simples et fidèles à eux-mêmes. C'est d'ailleurs à cela qu'on reconnait les vrais grands. Vers dix neuf heures nous quittions l'atelier de Fuji-sensei pour nous rendre dans un restaurant du quartier où nous continuerons la conversation autour d'une table. 
Je ne remercierai jamais assez Fuji-sensei de m'avoir accueilli chez lui et d'avoir eu la gentillesse de partager avec moi ses connaissances. 








vendredi 31 juillet 2015

Ma rencontre avec un maître ès bambou: Masayuki Yamano

Après avoir quitté Sebata-san et mes compères du genryu je rejoignai la ville de Kawaguchi où m'attendait Masayuki Yamano et sa charmante épouse que je n'avais pas pu rencontrer lors de leur passage à Paris en Janvier dernier. Je voulais profiter de mon séjour au Japon pour rencontrer cet artisan très talentueux qui produit des cannes à pêche qui sont à mon avis de véritables oeuvres d'art.  


Nous passerons une excellente soirée à faire connaissance, abordant aussi bien le tenkara, la cuisine, le vin que les bambous, l'architecture, etc.  Avant de nous quitter nous prenions rendez-vous pour le lendemain matin car Yamano-san était d'accord pour me faire visiter sa boutique ainsi que son atelier. 


Yamano-san commença par me présenter des exemplaires de chaque type de cannes qu'il fabrique; canne pour le tanago, keiryu, hera, et bien sûr lancer à truite, de mer et bien entendu ses magnifiques cannes de tenkara. Je pense que j'avais les yeux écarquillés d'un gamin dans une usine de jouets! 


Je lui posai beaucoup de questions car j'avais vraiment envie d'en apprendre le plus possible au cours de cette visite sur la fabrication des cannes tenkara. Yamano-san eut la gentillesse de me répondre aussi simplement que possible et j'ai donc appris pas mal de choses sur le processus qu'il suit pour fabriquer ses différentes cannes. 

 

Yamano-san pensant que rien ne vaut pour apprendre quelque chose que de voir un artisan au travail rectifia devant moi un bambou.


J'avais déjà vu cette opération en vidéo mais je ne m'étais pas rendu compte de la vitesse à laquelle cette opération est exécutée. Yamano-san me tendit le bambou et je constatai que celui-ci était droit comme i. Mon hôte m'invitait à prendre sa place et tenter de refaire la même opération...


Il me fallut évidemment beaucoup plus de temps pour rectifier un bambou bien plus court mais Yamano-san semblait satisfait du résultat obtenu. Je remercie Yamano-san de m'avoir offert cette opportunité car cela illustre très bien qu'une action qui paraît très simple quand on est spectateur nécessite connaissance et entraînement quand on est acteur. Il doit falloir à mon avis de nombreuses années de pratique pour arriver à la maîtrise qu'a aujourd'hui Yamano-san. D'ailleurs il a fait ce métier toute sa vie puisque c'est son frère aîné qui l'a formé.
Nous passerons ensuite dans l'atelier qui est habituellement fermé au public.


Voyant plusieurs boîtes de vrilles ouvertes je demandai à mon hôte de m'expliquer leur utilisation et plutôt que de m'expliquer la théorie j'eus la chance d'assister directement à la pratique de cette étape qui consiste à enlever de la matière à l'intérieur du bambou pour obtenir un brin suffisamment léger pour pouvoir une section de canne à pêche.


Si le principe de cette opération est simple, son application correcte nécessite quand même de l'entraînement comme j'allais très vite m'en rendre compte...La lame de la vrille est très courte et la machine n'est équipée d'aucun guide ou support. Je remercie Yamano-san de m'avoir fait essayer car c'est le meilleur moyen de se rendre compte du travail qu'il faut accomplir pour travailler le bambou dans les règles.


La dernière étape à laquelle j'assistai est le laquage du bambou que Yamano-san exécute évidemment de façon traditionnelle c'est à dire à l'aide d'une petite brosse de cheveux humains. Cette étape est à mon humble avis une des plus délicate et je regardai admiratif Yamano-san s'exécuter. Il utilise bien sûr l'urushi mais aussi d'autres techniques et matériaux  nobles tels le maki-e ou le raden.


Je ne ferai pas d'essai de cette étape car je ne voulais pas gaspiller ni la matière première et encore moins la laque qui est un produit rare et qui vaut très cher. Je demandai à Yamano-san combien d'années il fallait selon lui pour parvenir à une maîtriser le processus complet, il me répondit qu'il fallait compter dix ans d'apprentissage et d'expérience pour connaître le métier et être en mesure de produire des cannes répondant aux demandes de ses clients.
Je suis vraiment content d'avoir eu cette formidable opportunité de voir un artisan d'un tel niveau me faire découvrir son métier et ses créations.
Ces magnifiques poignées, qui iraient très bien sur une bonne canne tenkara, sont quelques uns des nombreux exemples de la qualité du travail de Yamano-san.


Je finirai cette visite par le grenier à bambou où sèchent pendant cinq à huit ans les trente variétés utilisées pour fabriquer les différentes cannes et poignées. Comme je m'en doutais un peu et comme je le constatai en manipulant un peu différentes cannes un artisan qui sait ce qu'il fait peut en combinant différents types de bois produire des cannes d'action différente. 



Je remercie Yamano-san et madame de m'avoir accueilli dans leur boutique et d'avoir pris le temps de me faire découvrir son travail qui est tout simplement exceptionnel de qualité.
Vous pouvez prendre contact avec Masayuki Yamano via son site internet (saosyosaku.com) et si vous recherchez une vraie canne tenkara en bambou fabriquée par un véritable artisan qui maîtrise le sujet c'est sûrement une des meilleures adresses à connaître.




samedi 25 juillet 2015

Genryu tenkara

Si je n'ai rien publié sur ce blog depuis un mois ce n'est pas parce que je suis lassé ou blasé de ce blog, bien au contraire, c'est tout simplement parce que j'étais parti au Japon et que je voulais profiter à fond de chaque jour passé là-bas. Je suis maintenant de retour au pays et le moment est venu de faire, en plusieurs fois, un compte rendu de cette expérience qui à n'en pas douter aura une très grande influence sur mon expérience du tenkara dans l'avenir.

Après avoir passé une journée et demie à Tokyo je rejoignais mon ami Keiichi à la gare de Mito en vue d'un séjour à Tadami. Je connais Keiichi depuis un peu plus de deux ans maintenant mais on ne s'était encore jamais rencontrés mais je n'avais aucun doute sur notre entente dans le monde réel. A notre rencontre on se parla comme des amis de longue date, comme si nous nous étions vus quelques jours auparavant. Aussitôt sortis de la gare nous prenions la voiture de Keiichi en direction de la résidence de Yuzo Sebata. Cette bâtisse était à l'origine un "bansho" c'est à dire un point de contrôle marquant la frontière entre deux régions.


Nous arrivâmes assez tard mais l'accueil fût chaleureux.
En attendant nos amis qui devaient se joindre à notre sortie de pêche de deux jours nous dînions de sansai en discutant du tenkara et de divers sujets en rapport avec cette technique de pêche. Sebata-san m'a appris beaucoup au cours de cette soirée sur l'histoire du tenkara mais aussi sur sa conception de la pêche. Je ne l'en remercierai jamais assez d'avoir partagé ses connaissances et points de vue avec moi.


Nos amis arrivèrent l'un après l'autre tard dans la nuit et après avoir dormi peu nous nous levions sur le coup de cinq heures et demie. C'est la saison des pluies au Japon et si mon premier jour dans le pays, à Tokyo, a été particulièrement arrosé et orageux ce matin là la température était plus douce, de grosses grappes nuageuses collaient aux flancs des montagnes environnantes. Les prévisions météo étaient bonnes et on pouvait donc espérer passer deux bonnes journées en montagne.
Nous quittions le village à bord d'une camionnette qui après trente minutes nous déposa sur un parking à partir duquel nous allions marcher jusqu'à la Kanozugawa. Tsurumi-san, Takano-san et moi-même avons ensuite préparé nos cannes et pêché sans succès sur le dernier kilomètre avant la confluence avec l'affluent que nous avions prévu de pêcher au cours de ce weekend dans le genryu.
Avant notre départ Sebata-san nous avait dit que ce secteur avait terriblement souffert de crues dantesques il y a de cela trois ans et que la population d'iwana était encore loin d'être reconstituée. Je pris mon premier poisson quelques dizaines de mètres avant la confluence avec l' Akakuzure-sawa: une petite iwana.


Il devait être aux alentours de dix heures quand nous arrivions au temba, notre camp de base. Une fois le campement prêt nous prenions notre petit déjeuner. Je me régalai d'onigiri et de spaghetti.



Nous avons ensuite remonté cet affluent en pêchant  observant que les iwana étaient plus grosses à mesure que nous allions vers l'amont. Les iwana ne sont pas des truites mais des ombles. Je demandai à mes compagnons qui sont de fins connaisseurs de ce poisson de m'expliquer comment bien pêcher et je dois dire qu'ils m'ont bien conseillé car en suivant leurs conseils je prendrai au cours de ces deux jours bon nombre de poissons dont certains de belle taille. Mais le meilleur pour moi reste quand même l'aspect relationnel avec mes compagnons car faire une belle pêche en mauvaise compagnie ne m'aurait rien apporté.


Je pêcherai pendant ces deux jours avec une seule kebari: une zenmai-dou.


Nous pêchions à tour de rôle ce qui est un bon moyen de partager une rivière en éliminant tout esprit de compétition.  Nous étions tous contents de voir que les autres prenaient des poissons.



Nous pêchions par pur plaisir et la rivière fût généreuse avec nous. Les conditions étaient vraiment réunies en cette journée pour une pêche réussie.


Dans les secteurs les plus étroits il y avait encore de nombreuses voûtes de neige et c'est d'ailleurs quelques mètres en amont d'une d'entre elles que je capturerai une superbe "shaku gami" iwana c'est à dire une iwana de plus de trente et un centimètres. Celle-ci s'échappa on ne sait comment de mon épuisette au moment où Takano-san allait prendre une photo, nous étions tous stupéfaits de sa vivacité. Mes amis me félicitèrent pour ce très beau coup de ligne.


A mesure que nous remontions la rivière les voûtes de neige se fîrent plus nombreuses et plus épaisses. Les iwana ayant besoin d'eau très froide pour vivre nous escaladions ces voûtes avec enthousiasme mais en restant prudent.


Nous finirons en fin d'après midi par arriver à un point très étroit bouché par une très épaisse voûte de neige et n'ayant pas le matériel nécessaire nous ne pouvions pas envisager d'escalader une paroi pour passer alors Keiichi-san et Ito-san décidèrent qu'il était temps de redescendre au temba. Si le Japon est l'empire du soleil levant c'est aussi un pays où le nuit tombe tôt et très vite. J'étais vraiment comblé par cette journée de pêche et c'est donc sans amertume que je repliai ma canne.
Arrivés au campement nous nous affairions à ramasser du bois sec et j'en profitai au passage pour récolter quelques grammes de zenmai. Le feu allumé on se détendit en dégustant une bonne Asahi bien fraîche!


Tsurimi-san s'occupa de la cuisine et nous fît un excellent repas constitué de yakitori, de chanko-nabe et de ramen. Nous mangions en discutant du genryu, du tenkara, de la pêche en France et d'autres sujets ayant tous un rapport avec notre passion commune.


On passa vraiment une excellente soirée. Cela restera pour moi un excellent souvenir de mon séjour au Japon.
Le matin, après quelques heures de sommeil, nous fûmes réveillés par le son assez désagréable d'une pluie battante sur le tarp sous lequel nous dormions et comme aucun d'entre nous n'était motivés pour aller pêcher sous la pluie nous prenions largement le temps de faire un petit déjeuner assez copieux. Ensuite nous démontions notre campement avant de redescendre vers la confluence entre la Kanozugawa et l'Akakuzure-sawa pour aller pêcher à l'amont de la Kanozugawa.


Peut-être en raison de la pluie tôt le matin la pêche fût bien plus difficile que la veille. Nous prenions quand même quelques dernières iwana de toute beauté.



Je pense qu'au cours de ces deux jours de genryu tenkara ont été riches en captures et qu'on s'est vraiment fait plaisir à pêcher dans une excellente ambiance et dans des paysages superbes. Vers midi la dernière iwana relâchée nous replions nos cannes et commencions à redescendre la rivière.
Revenus à la confluence entre les deux rivières qui fût le point de départ de notre aventure nous arrêtions pour déjeuner.


Ce repas nous fît le plus grand bien et nous redonna un peu d'énergie pour les derniers kilomètres qui nous séparaient de Tadami. Nous ferons un détour par un village voisin pour aller à l'onsen. Ca nous fît grand bien de nous laver et de nous détendre dans un bain d'eau de source très chaude.


Le soir venu nous passions une soirée mémorable avec Sebata-san et des amis qui partagent notre passion pour le tenkara. Sebata-san est un excellent cuisinier et nous avait préparé un repas digne des grandes occasions.


La soirée fût riche de discussions sur le tenkara mais aussi de rires car Sebata-san a vraiment de l'humour et il ne se prend pas au sérieux. Nous étions fatigués par deux jours de pêche en montagne mais nous voulions tous profiter au maximum de ces moments privilégiés et veillâmes tard dans la nuit.
Le matin on se réveilla tôt encore une fois pour aller pêcher le yamame plus bas dans la vallée, Sebata-san malgré ses douleurs lombaires nous accompagna. Je le regardai lancer et j'admirai la précision de ses lancers ainsi que leur délicatesse. La pêche ce matin là fût difficile et je ne pris que trois yamame dans la matinée tandis que Takano-san en prit un gros qui malheureusement se décrocha à quelques centimètres de l'épuisette.


Vers midi Sebata-san nous invita à déjeuner. On prît ensemble un excellent repas de warabi et de soba tout en parlant évidemment de pêche. Nous nous séparâmes en début d'après-midi après presque trois jours passés ensemble...Trois jours que je ne suis pas prêt d'oublier.