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dimanche 8 octobre 2017

Une saison de tenkara s'achève

Depuis mon retour d'Isère nous sommes entrés de plein pied dans l'été et il a rapidement pris des allures caniculaires, à tel point qu'étant donné la montée très rapide de la température de l'eau des rivières (jusqu'à 26° sur certaines) la fédération a décidé de fermer la pêche de la truite dans tous les cours d'eau dont la largeur est inférieure à deux mètres. 
Pour ma part au cours de ces trois dernières mois je ne suis allé à la  pêche que pour des sessions très courtes, une heure maximum, et toujours très tôt le matin, seul moment de la journée où les truites font preuve d'un peu d'activité.
J'ai laissé à la maison les cannes de quatre mètres et plus pour ne plus utiliser que la Nissin Royal Stage que m'a offert Fuji sensei lors de notre rencontre et également un de ses lignes tressées en fluorocarbone.


Je ne pêchai tout l'été qu'avec une seule et unique kebari qui n'est autre qu'une version "taille réduite" de ma Yamato Kebari . La plume de coq grizzly a été remplacée par une plume de faisanne et la tête est passée de brun rouille à orange fluo.



Le mois de Juillet fût excellent, les températures étaient élevées mais les conditions météo stables me permettaient d'aller à la pêche tous les matins en sachant d'avance l'état de la rivière; ce fût très différent en Août pendant lequel les orages furent nombreux.
Le mois de Septembre commença dans la pluie et les orages et fort heureusement pour les truites le niveau des rivières commença à remonter. La fermeture de la pêche pour moi s'était donc faite environ deux semaines avant la clôture officielle mais je n'avais pas de regret à avoir puisque j'avais beaucoup pratiqué pendant les mois précédents.


L'été très chaud et l'arrivée pluvieuse de l'automne a eu au moins un aspect positif: un très bon cru pour les champignons!






dimanche 13 décembre 2015

Japan Kebari: Hiromichi Fuji


En Juillet dernier lors de mon séjour au Japon j'ai eu l'opportunité et le privilège de rencontrer un personnage clé de l'histoire du tenkara moderne: Hiromichi Fuji. 
Il fût une des premières personnes à utiliser le tenkara comme une technique de pêche sportive et non plus une pêche commerciale et il a joué un rôle central par le travail fourni dans la conception de cannes et de lignes. Au cour de l'après-midi que j'ai passé dans son atelier nous avions à tour de rôle monté des kebari que nous avions échangé avant de nous quitter.


Fuji-sensei monte encore aujourd'hui lui-même toutes les kebari vendues par la firme NISSIN, sa très longue expérience du montage est perceptible à la rapidité avec laquelle il monte des kebari belles, simples et dont l'efficacité en pêche ne fait plus aucun doute nulle part depuis longtemps. Son étau fixé sur son bureau dans une position très basse dénote une économie de gestes et si la table est entièrement recouverte de matériel et de matériaux Fuji-sensei sait parfaitement où se trouve chaque objet.


Les kebari que Fuji-sensei monta ce jour là sont faites sur des hameçons Maruto de taille 号7 et 号6.


Ce premier modèle est inspiré des modèles de kebari très anciens utilisés par les derniers pêcheurs professionnels dont Fuji-sensei s'est inspiré pour faire du tenkara une pêche sportive.


Ces kebari ne sont ni des "mouches sèches" ni des "mouches noyées" car comme le dit Fuji-sensei lui-même: "C'est le pêcheur qui adapte son utilisation de ses kebari à la situation."
La technique de Hiromichi Fuji est basée sur l'héritage des pêcheurs professionnels et sur son observation des poissons. 


Les kebari de Fuji-sensei sont montées de la façon la plus adaptée à cette technique qui exige une très grande délicatesse de présentation. L'économie de matériaux n'est pas qu'une question d'esthétique. 


Aujourd'hui encore Fuji-sensei est actif dans la communauté tenkara au Japon par le biais du Kyoto Kitayama Tenkarakai, en participant à de nombreuses manifestations sur le thème du tenkara et en collaborant à la conception de cannes et de lignes pour Nissin. 

lundi 10 août 2015

Ma rencontre avec le père du tenkara moderne

Après avoir quitté Yamano-san je me rendais à Kyoto que je visiterai en partie sous des orages ce qui n'enlève rien à l'intérêt de l'ancienne capitale. Pour visiter la ville au sec et tranquillement je faisais donc les visites des sites qui m'intéressaient tôt le matin et tard dans la soirée après la fin de la pluie. La saison des pluies a été plus longue que d'habitude cette année et il a fallu composer avec les aléas météorologiques pendant ce séjour. J'avais la chance d'avoir un pied à terre à proximité immédiate des sites les plus intéressants donc je n'allais pas laisser la pluie m'arrêter. 


Après deux jours consacrés à la visite de la ville et à faire connaissance avec quelques uns de ses habitants je rejoignai Hashimoto Yoshiaki, un membre du Harima tenkara club sur le quai de la minuscule gare de Toji-in.


Après quelques minutes en voiture nous arrivions dans un quartier résidentiel où nous attendait une personne que j'allai enfin avoir l'opportunité de rencontrer grâce mon ami Eiji Yamakawa qui le connaît depuis de nombreuses années: Hiromichi Fuji.
Fuji-sensei nous invita à le suivre dans son atelier où nous commencerons par faire connaissance en buvant un excellent café noir. Je fus d'ailleurs un peu surpris qu'on me propose du café. La conversation était chaleureuse, décontractée et très naturelle car Fuji-sensei est la gentillesse faite homme. 


Comme nous discutions des lignes qu'il fabrique encore aujourd'hui pour Nissin je lui fis remarquer que ses lignes, comparées à toutes celles que j'ai essayé jusqu'à présent, étaient les seules qui me semblaient se différencier les unes des autres, les seules lignes dont on puisse dire qu'elles ont une action. Fuji-sensei me demanda si ça m'intéresserait de le voir fabriquer quelques lignes et d'avoir ses explications à chaque étape du processus, cela serait bien plus intéressant qu'un long et ennuyeux exposé théorique. J'acceptais évidemment volontiers! 

Tout d'abord la machine utilisée par Fuji-sensei est unique, elle ne ressemble à aucune machine à faire des lignes de tenkara existante ailleurs, et cela pour une raison simple: il l'a conçu lui-même. 


Avec les explications claires du maître j'apprenais sa façon de faire des lignes de tenkara qui puissent avoir des actions différentes. Je ne décrirai pas ici ce procédé en détail car ce n'est pas à moi de le faire mais à Fuji-sensei qui le moment venu, si il le décide, fera le nécessaire pour que son savoir faire soit transmis. J'ai en tout cas compris grâce à lui comment il avait mis au point un panel de lignes qui soient parfaitement compatible avec le sutebari, des lignes faites pour des lancers délicats quelque soit la longueur de la ligne utilisée. 
Après avoir fabriqué deux lignes Fuji-sensei nous proposa de les essayer, proposition que nous acceptions évidemment. Nous avions prévu d'aller à la pêche ensemble le lendemain de cette rencontre mais malheureusement Fuji-sensei se cassa le poignet lors d'une sortie de pêche quelques jours avant mon arrivée au Japon. Ce fût un grand moment évidemment de voir le père du tenkara moderne lancer de sa façon si particulière devant moi et de recevoir ses conseils. Fuji-sensei n'est pas seulement un excellent fabricant de lignes, un designer de cannes qui a fait évoluer le tenkara, c'est aussi un excellent pédagogue qui sait se faire comprendre malgré la barrière de la langue. La photo ci-dessous est le parfait exemple d'un lancer raté avec la projection de l'avant bras qui a pour inévitable résultat une ligne qui ne permet pas le déploiement correct du bas de ligne et dont la pointe percute la surface de l'eau. 


Fuji-sensei me demande d'abord de reproduire ce mauvais lancer puis me montra la bonne façon de lancer c'est à dire en limitant le fouetté de la canne et ne projetant pas le bras et là je compris immédiatement pourquoi ces lignes étaient vraiment uniques. Que sa ligne fasse 3,60 mètres ou 5 elle se déploie aussi délicatement, il n'a nulle besoin de manipuler sa canne différemment pour obtenir ce résultat. Ces lignes sont le résultat de plusieurs décennies d'amélioration, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'elles soient les meilleures qu'on puisse utiliser.
C'était un moment mémorable de le voir lancer de sa façon si particulière mais parfaitement adapté à sa technique. Moi-même et Yoshiaki-san prenions le relais sous l'oeil avisé du maître. Nous fûmes interrompus par la pluie qui redoublait et décidions de rentrer. 


De retour dans l'atelier la conversation reprit et nous arrivions rapidement sur le montage de kebari. Fuji-sensei n'est pas seulement un designer de cannes, un fabricant de lignes d'une qualité rare il est aussi un excellent monteur de mouches qui aujourd'hui encore monte lui-même toutes les kebari vendues par Nissin.  


Fuji-sensei fût le premier à passer derrière l'étau, inutile de vous dire qu'on sait immédiatement qu'on a affaire à un monteur très expérimenté. Le montage d'une kebari est très rapide mais c'est le fruit d'une économie de gestes. Hashimoto-san et moi-même prendront ensuite place derrière l'étau du maître et après chacun des trois modèles différents dont nous avons monté un exemplaire chacun nous discuterons de l'utilisation que nous pouvions en faire.


Quand ce fût mon tour de m'installer derrière l'étau du maître je constatai que celui-ci était fixé sur la table dans une position très basse mais une fois que je commençai à monter la première kebari je compris que cette position qui ne laisse que peu d'espace sous l'étau est un bon point pour éviter tous les gestes inutiles.


Nous passerons ainsi une partie de l'après-midi à monter des kebari à tour de rôle en partageant nos points de vue sur l'évolution des kebari à travers les décennies, les techniques de sasoi et bien d'autres sujets ayant trait à notre passion. C'est toujours enrichissant de rencontrer des pêcheurs très expérimentés qui ont su rester simples et fidèles à eux-mêmes. C'est d'ailleurs à cela qu'on reconnait les vrais grands. Vers dix neuf heures nous quittions l'atelier de Fuji-sensei pour nous rendre dans un restaurant du quartier où nous continuerons la conversation autour d'une table. 
Je ne remercierai jamais assez Fuji-sensei de m'avoir accueilli chez lui et d'avoir eu la gentillesse de partager avec moi ses connaissances.